L’élection de Trump fait des États-Unis un paria des droits humains

La présidence Trump fait peser une grave menace sur les droits humains, non seulement aux États-Unis mais également dans le monde entier. Pour les défenseurs des droits humains, il est impossible de faire comme si de rien n’était.

David Petrasek
November 15, 2016

L’élection de Donald Trump comme président des États-Unis fait peser une grave menace sur les droits humains que ce soit aux États-Unis ou dans les autres régions du monde. Pour répondre à cette menace, le mouvement mondial, et surtout américain, des droits humains doit revoir ses priorités et recentrer ses activités. La politique américaine, sur le plan intérieur et international, doit faire l’objet d’une vigilance beaucoup plus grande. Sous le leadership de Trump, les États-Unis doivent être traités comme un paria des droits humains dangereusement inapte à défendre les valeurs universelles que M. Trump méprise clairement.

Il est impossible de faire comme si de rien n’était. Pourtant, si le communiqué de presse publié après l’élection de Trump par Human Rights Watch revient sur les prises de positions du président élu qui sont en contradiction avec les droits humains et l’exhorte à y renoncer, il suggère aussi de manière implicite que cela aurait pour effet de conforter la crédibilité des États-Unis pour ce qui est de promouvoir les droits humains et l’État de droit à l’étranger. Human Rights Watch encourage Trump à « … s’intéresser de prêt à la répression croissante à l’échelle mondiale des organisations de la société civile et de  la liberté d’expression, notamment en Russie, en Chine, en Égypte, en Éthiopie, et au Bangladesh... et insister pour qu’il soit mis fin aux tendances croissantes à la répression dans des pays dont les gouvernements consolident de plus en plus leurs pouvoirs, comme la Turquie ».

Demander à Donald Trump de défendre les droits humains revient à demander à Nigel Farage d’intervenir en faveur des droits des migrants en Pologne.

Non ! Demander à Donald Trump de défendre les droits humains au Bangladesh, en Égypte ou en Turquie revient à demander à Nigel Farage d’intervenir en faveur des droits des migrants en Pologne.

Trump est irrémédiablement compromis. S’il devait défendre le respect des droits humains et l’État de droit dans d’autres pays, cela ne ferait que discréditer l’idée que les gouvernements doivent défendre les droits universels dans leur politique étrangère. Bien que de nombreux diplomates américains dévoués défendent ces droits à l’étranger, ceux qui choisissent de rester en poste, et de servir le nouveau président, devraient, pour l’essentiel, y renoncer (du moins en public). Si le financement américain en faveur des droits humains à l’étranger est depuis longtemps l’objet d’incohérences, celles-ci seront souvent jugées comme étant indéfendables sous Trump.


Flickr/Ric Lander (Some rights reserved)

Protesters confront Donald Trump in Scotland. For the irredeemably tainted Trump, championing international human rights would be more than unlikely—it might undermine the legitimacy of international action on human rights.


Certains diront que j’exagère la menace. Trump n’est pas au même niveau que Bachar el-Assad qui bombarde aveuglément sa propre population et dirige un État policier qui torture des milliers de personnes. Idem pour Omar El-Béchir au Soudan qui continue de diriger une campagne meurtrière contre les villageois du Darfour. De plus, Trump a été élu démocratiquement et doit gouverner avec des pouvoirs législatif et judiciaire indépendants qui ne sont pas facilement influençables, contrairement à ses homologues chinois et russes.

Tout cela est vrai. Mais Trump a prôné les bombardements aveugles, la torture, et les punitions collectives qui sont tous assimilables à des crimes en vertu du droit international. En outre, il promet des expulsions massives, bafoue ouvertement le pouvoir judiciaire et sape son indépendance, prêche la haine et l’intolérance, et se vante d’agressions sexuelles. Il n’a fait l’effort de se défendre que pour les seules accusations de misogynie.  

De plus, le pouvoir de Trump et la prédominance américaine font que l’impact de ses politiques internationales se fera sentir bien au-delà des États-Unis. Sa promesse de se retirer de l’Accord de Paris sur le climat, si mise à exécution, se traduira par une décennie perdue dans le combat visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est une décennie que des millions de personnes vivant dans des zones où les dérèglements climatiques sont particulièrement marqués ne peuvent pas se permettre : les déplacements de populations, l’insécurité alimentaire et les menaces en terme de mode de vie vont s’accroître. Sa menace d’utiliser les armes nucléaires, et d’accepter que de nouveaux États en fassent l’acquisition, fait également courir un risque très sérieux à des millions de personnes.

La dangerosité de Trump est presque unique précisément parce que la puissance américaine, son prestige, et son aura démocratique, font que le sectarisme et le négativisme que seuls, jusqu’à présent, des despotes arrivaient à traduire en politiques se verront donner une certaine légitimité et plausibilité. Le discours anti-migrants et notamment anti-musulmans de Trump va enhardir les racistes dans toutes les régions du monde. S’il met à exécution sa promesse d’expulser des millions de migrants sans papiers ou « illégaux », et qu’il continue à diaboliser les refugiés syriens et irakiens, alors les droits des migrants dans le monde vont souffrir. Le régime international de protection des réfugiés, déjà affaibli, pourrait commencer à se disloquer.

Qu’est-ce qui peut être fait ? Stephen Hopgood et Sam Moyn ont peut-être raison de douter de la pertinence et de l’utilité des normes internationales des droits humains sous Trump. Comme l’affirme Hopgood, la politique nationale est la priorité, et comme le fait remarquer Moyn, les normes des droits humains n’apportent pas toutes les réponses aux inégalités du capitalisme du 21ème siècle qui contribuèrent à la victoire de Trump. Toutefois, ces deux arguments étaient valables avant que Trump ne soit élu. La valeur des normes internationales des droits humains a toujours résidé dans leur capacité à influencer les politiques nationales (et non à se substituer à ces dernières). Elles peuvent encore le faire, ou tout du moins, cela vaut la peine de se battre pour voir si tel est le cas.

Dans l’immédiat, deux tâches s’imposent. Premièrement, les organisations internationales de défense des droits humains, en particulier celles qui sont basées aux États-Unis, devraient augmenter drastiquement les ressources visant à surveiller et influencer les lois et les politiques américaines. Tous les membres du congrès ne sont pas insensibles aux obligations internationales des États-Unis, ce qui est aussi le cas pour les tribunaux américains. Et peu importe si les arguments qui font mouche sont fondés sur un traité sur les droits humains, sur la déclaration des droits (Bill of Rights) américaine, ou les deux. Pour les ONG basées aux États-Unis qui donnent déjà la priorité aux actions de plaidoyer à l’échelle nationale, le problème est de trouver des moyens d’être soutenues plus efficacement.

Deuxièmement, sous la présidence de Trump les États-Unis doivent être traités comme un paria des droits humains. Les dirigeants et diplomates étrangers qui rencontrent le nouveau président et son équipe devraient s’attendre à être testés : ont-ils clairement exprimé leurs préoccupations concernant le respect des droits humains en matière de politique américaine ? Sur la scène internationale, Trump doit être régulièrement mis au défi d’expliquer en quoi ses politiques vont répondre aux obligations internationales des États-Unis dans le domaine des droits humains.

Si les États-Unis choisissent de se présenter pour obtenir un siège au Conseil des droits de l’homme de l’ONU en 2017, nous devrions nous opposer à sa candidature. En effet, une coalition mondiale d’ONG pourrait demander aux États du Conseil des droits de l’homme de l’ONU de réunir une session de crise quand Trump assumera ses fonctions. Seul un tiers des 47 membres du Conseil doivent s’accorder pour la tenue d’une telle session.

D’autres stratégies existent. Trump a ouvertement prôné l’utilisation de techniques d’interrogation, notamment celle du waterboarding (la simulation de noyade), qui sont considérées comme de la torture par le droit américain ainsi que par le droit international. Contre les terroristes,  il a également parlé d’utiliser des tactiques assimilables à des crimes de guerre. Bien qu’il ne soit pas encore en position d’ordonner de tels actes, le fait qu’ils les soutiennent ouvertement peut avoir des conséquences juridiques, si ce n’est aux États-Unis, du moins éventuellement à l’étranger via le recours aux dispositions relatives à la compétence universelle. Ces procédures rencontreraient d’innombrables défis tant sur le plan juridique que politique. Mais la réussite n’est pas indispensable pour que des conséquences soient effectives. Dick Cheney n’a pas été inculpé pour avoir préconisé la torture mais il quitte rarement les États-Unis.

Au final, Trump entendra peut-être l’appel de Human Rights Watch à « … abandonner les discours haineux qui ont fait les gros titres et gouverner en respectant toutes les personnes qui vivent aux États-Unis ». Il est cependant bien plus prudent de présumer que ce ne sera pas le cas et de s’organiser en conséquence. Les enjeux sont trop importants.

ABOUT THE AUTHOR

David Petrasek

David Petrasek is Associate Professor at the Graduate School of Public and International Affairs, University of Ottawa. He was formerly Senior Policy Director and Special Adviser to the Secretary-General of Amnesty International. David has worked on human rights and conflict resolution issues with the UN, foundations and NGOs for over 25 years. 

 
 

 

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