Prêcher pour les droits de l’homme

Les défenseurs des droits de l’homme doivent porter leur message dans la rue, comme des prédicateurs, et enseigner aux gens l’amour de chacun, indépendamment de la race, de la tribu et de l’orientation sexuelle.


By: Beatrice Lamwaka
October 7, 2014

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Agnes Kyomugisha appartient à la tribu Munyankole et ne peut pas traduire ce que son pasteur prêche en luganda dans sa langue maternelle, le lunyankole. Cependant, elle répète ses sermons, mot pour mot en luganda à ses amis qui sont banyankole.

Ce n’est qu’un petit exemple de l’impact de la religion sur la vie des gens en Ouganda et ailleurs en Afrique.

En Ouganda, 99 pour cent de la population est religieuse. Les prédicateurs ont maitrisé l’art de la persuasion, utilisant des techniques qui font passer les défenseurs des droits pour des novices. Les chefs religieux peuvent rassembler une congrégation dans la rue dans un laps de temps plus court que celui nécessaire aux défenseurs des droits de l’homme pour se rendre à un séminaire local.


Adam Jones/Flickr (Some rights reserved) 

A street-side preacher testifying in downtown Kampala, Uganda

 


 

Il est grand temps que les défenseurs des droits adoptent les méthodes religieuses et prêchent auprès des gens pour qu’ils puissent protéger, promouvoir et respecter les droits de chacun. Je ne parle pas seulement de copier le style des prédicateurs. Je parle également de la façon dont les défenseurs des droits rassemblent les gens pour les persuader.

Si les droits de l’homme devenaient une religion, le travail des défenseurs serait plus facile. A chaque coin de rue, les gens se verraient rappeler les droits de l’homme par des défenseurs portant La Déclaration universelle des Droits de l’homme dans leurs mains, tout comme les prédicateurs chrétiens rappellent aux gens le pardon, l’amour et les dix commandements. Comme Larry Cox l’a écrit précédemment dans openGlobalRights, « En réunissant la foi et les droits de l’homme au niveau mondial, nous pouvons remplacer l’approche des droits de l’homme de type «fin des temps» par le développement, le renouveau et la résurgence. »

En Ouganda, un pasteur est rarement questionné car il prêche l’amour. Toutefois, c’est également le cas de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui appelle à l’amour de chacun, indépendamment de la race, de la tribu ou de l’orientation sexuelle. Les gens ont besoin qu’on leur rappelle les droits de l’homme chaque jour, tout comme la bible est rappelée aux chrétiens tous les jours.

Mais si les défenseurs des droits de l’homme deviennent des prédicateurs, pourquoi avons-nous besoin des droits de l’homme ?

Nous avons besoin des droits de l’homme parce que la religion, en Afrique et ailleurs, est souvent utilisée à mauvais escient par les chefs religieux pour obtenir ce qu’ils veulent : la richesse, le pouvoir, et d’autres choses encore. Je me demande souvent, par exemple, comment le tristement célèbre chef de la secte ougandaise de la Restauration des dix commandements de Dieu, Joseph Kibwetere, persuada plus de 1000 personnes de se laisser aller jusqu’à la mort en 2000 ?

De plus, les chefs religieux sont parfois directement du côté de ceux qui bafouent les droits de l’homme. Quand la Cour constitutionnelle ougandaise a annulé la loi anti-homosexualité le 1er  août 2014, les chefs religieux ont rapidement rassemblé leurs congrégations pour adresser leur requête à la présidente du parlement, Rebecca Kadaga. Ils ont demandé que le législateur vote à main levée lorsque la proposition de loi contre l’homosexualité serait réintroduite devant le parlement, afin de mieux exposer ces législateurs qui se sont opposés à la loi. Les chefs religieux veulent identifier les législateurs qu’ils ont besoin de cibler, et prêchent au même moment l’amour du voisin.

Certain LGBT ougandais ont fui vers le camp de réfugiés de Kakuma au Kenya après que la loi anti-homosexualité ait pris effet en février 2014. A ce jour, 35 Ougandais sont enregistrés avec le HCR au Kenya comme des réfugiés LGBT.

Les organisations de défense des droits de l’homme protestèrent contre cette campagne anti-homosexuels, condamnant une loi criminalisant la « promotion » de l’homosexualité. Plusieurs ONG, et notamment Human Rights Awareness and Promotion Forum (le Forum pour la promotion et la prise de conscience des droits de l'homme)Civil Society Coalition on Human Rights and Constitutional Law (La coalition de la société civile en faveur des droits l'homme et de la loi constitutionnelle)Sexual Minorities Uganda (les minorités sexuelles en Ouganda), parmi d’autres, ont fait entendre leur voix.

Mais c’était un combat très difficile. 

Peut-on de la même manière prêcher les droits de l’homme et pouvons-nous également nous tourner facilement vers les militants des droits de l’homme pour s’occuper de nos « problèmes » ?

En Ouganda, la religion est si puissante que les gens sont prêts à défier les droits de l’homme quand les chefs religieux le leur demandent. Des personnes qui ne savent même pas ce que signifie « LGBT » sont prêtes à chanter, « tuez les homosexuels » et à occuper massivement les rues.

Une manière évidente de sortir de cette situation passe par l’éducation. De nombreux ougandais ne connaissent toujours pas leurs droits, mais avec l'incorporation des droits de l’homme dans le système éducatif national, il y a une raison d’espérer que les choses changent.

Une autre manière  consiste à toucher les chefs religieux eux-mêmes. Comme avancé par Parsa Venkateshwar Rao Jr. ailleurs dans openGlobalRights, « La façon pragmatique de sortir de ce dilemme est de commencer par le sommet, avec les chefs religieux. Le mouvement en faveur des droits de l’homme doit gagner l’adhésion des conservateurs et des ecclésiastiques influents et ensuite permettre aux chefs traditionnels de fédérer les gens. »

Pour le moment, cependant, les organisations de défense des droits de l’homme semblent confortablement enfermées dans leur tour d’ivoire, sans avoir la volonté de porter leur combat dans la rue.

Je suis éduquée en matière de défense des droits de l’homme mais je ne suis pas toujours sûre de quand mes droits sont violés. Je peux rendre visite à une organisation de défense des droits de l’homme pour chercher de l’aide, mais ils paraissent souvent comme enfermés dans leur propre petit monde. Les approcher n’est pas aisé. Je pourrais probablement chercher sur Google ce qu’il faut faire, et comment procéder. Mais qu’en est-il du citoyen commun vivant dans un quartier urbain pauvre ou dans un village ? Est-il conscient de ses droits ? Sait-il quand ses droits sont violés et ce qu’il peut faire pour protester ?

Nous connaissons tous Dieu, et nous savons où aller quand nous avons désespérément besoin de lui. Peut-on de la même manière prêcher les droits de l’homme et pouvons-nous également nous tourner facilement vers les militants des droits de l’homme pour s’occuper de nos « problèmes » ?

La bonne nouvelle est que le gouvernement ougandais, responsable à part entière et de premier plan de violations de droits, est finalement en train de développer un plan d'action national en faveur des droits de l’homme. Ceci devrait fournir un cadre national pour coordonner, superviser et évaluer les politiques, programmes et stratégies dans le domaine des droits de l’homme.

S’il est renforcé par d’ardents « prédicateurs des droits de l’homme, » ce nouveau plan d’action pourrait tout simplement faire une vraie différence.

 


Beatrice Lamwaka est un écrivain ougandais dotée d’un grand intérêt pour les droits de l’homme. Elle est la fondatrice de Arts Therapy Foundation, une organisation à but non lucratif qui apporte un soutien psychologique et psychosocial, aux personnes affectées par deux décennies de conflit armé dans le nord de l’Ouganda, via les arts créatifs en tant que thérapie. Ses nouvelles disponibles en ligne comprennent : Queen of TobaccoButterfly Dreams, et Vengeance of the Gods. Elle travaille sur son premier roman, Sunflowers.

 
 


 

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