Les messages fondés sur la recherche font évoluer le soutien public en faveur des droits de l’homme

Parmi les opinions largement négatives sur les droits de l’homme au Royaume-Uni, les enquêtes d’opinion publique peuvent aider à améliorer les stratégies de sensibilisation.


By: Rachel Krys
July 3, 2015

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Depuis les élections qui se sont déroulées au début du mois de mai, les discussions sur les droits de l’homme ont occupé le devant de la scène au Royaume-Uni. Les conservateurs, qui détiennent aujourd’hui la majorité parlementaire, espèrent abroger la loi de 1998 sur les droits de l’homme qui donne aux citoyens la possibilité de saisir les tribunaux britanniques sur des affaires liées aux droits de l’homme, et de faire évoluer les relations entre le Royaume-Uni et la Cour européenne des droits de l’homme. Pour leur part, les partisans des droits de l’homme se mobilisent pour contrer ce message.

Les enquêtes montrent cependant que les idées favorables aux droits de l’homme ne passent pas auprès du grand public. Pour passer à la vitesse supérieure, les défenseurs doivent investir quantitativement et qualitativement dans les enquêtes et utiliser les résultats pour redéfinir leur travail. Utiliser les enquêtes d’opinion publiques afin de communiquer efficacement avec les personnes qui font preuve de scepticisme à l’encontre des droits de l’homme est un défi de taille mais qui doit être relevé.

Une analyse du discours sur les droits de l’homme par Counterpoint, the Public Interest Research Center (PIRC) et mon organisation, Equally Ours, montre qu’au Royaume-Uni, le discours des médias associe généralement les droits de l’homme aux populations « peu méritantes » et aux opinions anti-européennes. Les médias présentent les droits de l’homme comme nuisibles, plutôt que comme favorables, aux libertés traditionnelles, et comme des protections purement juridiques, plutôt que comme un moyen d’autonomiser les citoyens. 

Diagramme 1 : % des messages positifs et négatifs sur les droits de l’homme dans les médias britanniques, 2013

Source : Building Bridges : Connecting with values to reframe and build support for human rights. Contactez info@equally-ours.org.uk pour une copie.

Prenez le diagramme 1 qui analyse les messages portant sur les droits de l’homme que l’on trouve dans les grands journaux ainsi que dans les tabloïds britanniques, ou encore dans les blogs politiques et les discours parlementaires en 2013. Les chercheurs ont identifié, classé et mesuré la fréquence des formulations positives et négatives et comparé leur fréquence à travers les médias en Angleterre, en Écosse, au Pays de Galles et en Irlande du Nord.

Comme le suggère le diagramme 1, le discours britannique sur les droits de l’homme était très largement négatif cette année-là. La formulation répétée le plus fréquemment était que les protections des droits de l’homme au Royaume-Uni affaiblissent la sécurité nationale, suivi de près par l’opinion selon laquelle les droits de l’homme affaiblissent la souveraineté britannique.

Les formulations affichées en vert sont positives envers les droits de l’homme. Elles ne sont pas utilisées très fréquemment. La plus courante d’entre-elles porte sur le fait que les lois relatives aux droits de l’homme « protègent nos droits fondamentaux », une formulation qui,  d’après les recherches menées par Equally Ours, ne semble pas la plus convaincante. En revanche, nos sondages montrent que lorsque les défenseurs affirment que « les droits de l’homme s’appliquent à  tout le monde », ils sont plus efficaces pour convaincre les sceptiques que les droits de l’homme sont une bonne chose. En d’autres mots, l’analyse des médias suggère que les organisations de défense des droits de l’homme devraient se recentrer pour parler des droits de l’homme de manière plus efficace.

Notre analyse de la formulation « les droits de l’homme s’appliquent à  tout le monde » montre que ce message fait appel à des valeurs intrinsèques qui renforcent le soutien public en faveur de la justice sociale.

La campagne Keep the Act d’Amnesty International au Royaume-Uni est le type de campagne fondée sur la recherche que nous défendons. La recherche a montré que lorsque les défenseurs font le lien entre la loi sur les droits de l’homme et les citoyens ou les préoccupations de la vie quotidienne, c’est plus convaincant que le fait de citer des normes internationales ou juridiques. En s’appuyant sur notre enquête, Amnesty a identifié une partie grandissante de la population britannique qui est positive ou réceptive envers les droits de l’homme, en particulier lorsque ces derniers sont associés à des sujets qui leur tiennent déjà à cœur. À l’aide de l’analyse statistique avancée, nous avons identifié des messages avec lesquels les publics ciblés sont en accord et qui rendent les gens plus positifs envers les droits de l’homme dans leur ensemble.

Sur la base de cette enquête, Amnesty a évoqué des histoires comme celle de Jan Sutton, qui souffre de  sclérose en plaque et qui a réussi à contester le traitement proposé par les services de santé locaux qui l’aurait clouée au lit. L’histoire de Jan est humaine, facilement compréhensible pour le public britannique, et elle est un exemple des histoires qui manquent dans la manière dont les défenseurs des droits de l’homme parlent généralement de leur travail.


Flickr/Amnesty International UK (Some rights reserved)

British youth outside Amnesty UK's Annual General Meeting. "Amnesty identified a growing UK cohort that is positive or persuadable about human rights, especially when linked to things they already care about."


Bien que le côté juridique des droits de l’homme soit peut-être inévitable, il est souvent inutile. Les praticiens des droits de l’homme savent qu’ils ont besoin de toucher un public qui se ferme devant le discours juridique ou technique comme celui de « l’universalité » des droits de l’homme ou de « juridiction universelle » des tribunaux internationaux.  

En revanche, les enquêtes montrent que la phrase, « les droits de l’homme s’appliquent à tout le monde » est plus accessible que « les droits de l’homme sont universels ». Les deux phrases résonnent assez différemment.

D’autres organisations relèvent également le défi lié aux campagnes fondées sur la recherche. En avril 2015, par exemple, une organisation a lancé le site internet Rights Info pour rendre les droits de l’homme plus accessibles et améliorer la manière dont ils sont abordés. Pour ce faire, ils créent des infographiques facilement compréhensibles, comme celui-ci :

Les ONG qui jouissent d’un capital confiance très élevé dans d’autres domaines sont des alliés importants. Age UK, par exemple, est une grande organisation caritative au service des personnes âgées qui a mené une campagne contre la maltraitance de ces dernières dans les centres de soins. Cette année, l’organisation a lancé un film de courte durée sur « l'histoire de Charles » qui souligne avec force le lien entre dignité, respect et droits de l’homme. Le film a été conçu pour faire appel aux valeurs intrinsèques et déclencher une réaction émotionnelle du spectateur afin de générer des sentiments positifs sur les droits de l’homme. Au moment où j’écris cet article, l’histoire de Charles avait atteint plus d’un million de personnes avec plus de 300 000 visiteurs uniques. Cela pourrait représenter pour un grand nombre de personnes la première fois qu’ils sont exposés à une conception positive des droits de l’homme.

Prenez également Women’s Aid, une organisation qui lutte contre la violence domestique et qui a lancé un film ciblant les supporters de football et leurs clubs. Intitulé « Unpunished » (impuni), le film utilise l’imagerie et les métaphores footballistiques pour lutter contre la violence domestique. Là encore, la stratégie consistait à initier une nouvelle audience aux droits de l’homme dans un contexte inattendu. Ces films ne visent pas à éduquer le spectateur en profondeur sur les droits de l’homme mais font le lien entre des problématiques qui lui tiennent  déjà à cœur avec les « droits de l’homme », et ce, peut-être pour la première fois.

Quand le discours sur les droits de l’homme est aussi négatif comme c’est le cas aujourd’hui au Royaume-Uni, il est difficile de raconter une histoire positive. Et il faudra plus que quelques mots ou slogans pour influencer les nombreuses personnes qui ne sont pas convaincues que les droits de l’homme valent la peine d’être défendus. Mais les enquêtes sur la perception du public ont montré de manière répétée que ce dernier est plus positif envers les droits de l’homme quand il comprend la manière dont ils sont connectés aux valeurs et aux libertés qui lui tiennent déjà à cœur.

Les enquêtes d’opinion publique nous aident à comprendre les formulations, les valeurs et les messages qui peuvent aider les gens à percevoir les droits de l’homme de manière plus favorable. Nous devons utiliser ces enseignements pour faire évoluer notre message. Sinon, nous allons simplement continuer à prêcher un discours que la plupart des gens n’apprécient pas ou ne comprennent pas.


Rachel Krys est directrice de la communication de Equally Ours, une campagne lancée par huit organisations caritatives britanniques dans le but de parler de l’importance des droits de l’homme et de leur lien avec la vie quotidienne.


 

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