Examiner les possibilités au niveau local pour les droits locaux

Trouver et mettre en œuvre des solutions aux problèmes de droits de l’homme à des milliers de kilomètres de distance se traduit souvent par des résultats qui ne sont pas viables. L’heure est venue pour les acteurs des droits de l’homme dans le Sud de trouver des financements au sein de leur propre société. 


By: Okeoma Ibe
February 20, 2014

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Les acteurs du Nord se préoccupent-ils vraiment de la promotion des droits de l’homme dans le sud ? Peut-être, mais la distance géographique et culturelle a des conséquences inévitables. Après tout, il est difficile de se sentir vraiment concerné par les problèmes de quelqu’un d’autre quand celui-ci se trouve très loin et quand ses souffrances ne vous affectent par immédiatement et directement. À titre de comparaison, prenez le problème du « terrorisme international ». Ici, les acteurs du nord, (d’un type différent), sont profondément intéressés et impliqués, mais cette préoccupation est motivée par la nature transnationale du terrorisme. Après tout, les terroristes basés loin des États-Unis ou de l’Europe peuvent tout de même avoir un impact dramatique sur les citoyens américains ou européens. 

À contrario, les violations des droits de l’homme sont quelque peu différentes car les violations dans un pays donné ne se traduisent pas nécessairement par des menaces internationales immédiates et pressantes. Par conséquent, les acteurs du nord sont souvent moins susceptibles de suivre avec autant de dévouement, d’attention et d’intérêt les problèmes des droits de l’homme dans le Sud. Les violations des droits dans le Sud, sont, je crois, plus pressants pour les gens qui vivent dans les pays du sud.

Par conséquent, c’est à nous, les habitants du sud, de financer les activités que nous voulons mener dans le domaine des droits de l’homme au sein de nos propres régions. Il est temps que les défenseurs des droits de l’homme du sud de la planète repensent leur stratégie de collecte de fonds. Nous devons arrêter de permettre aux nordistes d’imposer leurs propres priorités, même au nom des droits de l’homme. Nous devons plutôt définir nos propres priorités et ensuite partir à la recherche de financements locaux afin d’atteindre nos objectifs. 

Il ne fait aucun doute que certains donateurs du nord travaillent très bien avec leurs bénéficiaires du sud en respectant leurs idées et en collaborant. C’est cependant l’exception. D’après mon expérience, les donateurs du nord ont tendance à décider d’abord de leurs propres priorités avant d’identifier par la suite les organisations du sud avec lesquelles ils veulent travailler. Dans certains cas, ils vont même jusqu’à micro-gérer la mise en œuvre.

Malheureusement ce type de main mise fait plus de mal que de bien.

Il me paraît étrange que des collègues occupant un joli bureau quelque part dans le nord de la planète passent quelques appels, surfent sur internet, décident qu’un pays du sud est confronté à un problème spécifique et ensuite, sur la base de cette hypothèse, prescrivent des solutions. 

Cependant, il y aura toujours des groupes, dans le sud de la planète, dotés de la volonté et de la capacité de répondre à un appel à projet de donateurs du nord, mais les projets issus de telles initiatives sont rarement durables. La viabilité demande l’appropriation, mais celle-ci ne peut pas avoir lieu lorsque les gens ont à peine contribué au processus.

Les financeurs des droits de l’homme, appartenant au nord et étant les plus efficaces, mettent la main à la pâte en cherchant l’information et en clarifiant leur perception. Ils laissent ensuite le soin aux acteurs locaux de gérer le processus et ils gardent l’esprit ouvert quant aux idées sur ce qui marche le mieux dans un contexte donné. Il ne fait aucun doute que ce processus est fastidieux et demande du temps et de l’argent, mais il est plus à même de se traduire par des effets durables. Les partenariats construits sur la base de la confiance et du respect mutuel durent plus longtemps. 

Pour commencer à construire cette confiance, les partenaires doivent reconnaître l’importance de se comprendre mutuellement, de rechercher l’intérêt de chacun et de travailler en fonction de ces intérêts. À moins que les « partenaires » dans le sud de la planète ne voient ces idéaux, ainsi que leurs propres idées, se concrétiser dans leur relation avec les bienfaiteurs du nord, les relations nord-sud vont continuer à souffrir.

Cependant, en de nombreuses occasions, les groupes du sud ne vont pas pouvoir persuader les donateurs du nord de changer d’avis et c’est pour cette raison que les groupes de défense des droits qui sont dans le sud  de la planète doivent commencer à tourner vers la scène locale. 

Précédemment sur openGlobalRights, Christopher Harris, un expert en philanthropie basé aux Etats-Unis, a fait un travail remarquable d’identification de nouveaux donateurs « basés dans et originaires du Sud de la planète », des groupes qui aujourd’hui « parlent à l’Afrique à partir de l’Afrique ». Deux problèmes persistent cependant avec ces « donateurs africains pour l’Afrique ».

Premièrement, rien ne garantit que ces donateurs ne se désintéressent pas tout autant de l’importance du contexte local, de travailler avec des partenaires locaux, et de comprendre les subtilités locales. Après tout, la distance reste une réalité même à l’échelle du continent.

Plus important encore, certains de ces « donateurs africains » restent cependant dépendants du financement du nord. Ils peuvent être des intermédiaires autonomes dans la chaine de financement du nord vers le sud mais ils sont encore largement financés par l’extérieur et non pas localement. C’est à ce niveau que nous devons changer les choses.

Il est possible de trouver une aide financière pour le travail dans le domaine des droits de l’homme en Afrique, et il existe des individus et des entreprises africaines ayant la volonté et la capacité de soutenir des projets innovants. Ils sont parfois à la recherche de nouvelles opportunités de s’engager.

Au Nigéria, par exemple, l’ONG Alliances for Africa a collaboré avec la multinationale Unilever pour offrir une formation et une aide à l’entrepreneuriat à plus de 100 femmes dans quatre états en 2011. Cette expérience suggère que les multinationales en Afrique peuvent apporter un soutien financier aux idées valables et implique que cela puisse même être reproduit ailleurs.    

Dans un autre cas, des avocats privés au Nigéria ont financé un effort organisé par l’ONG, Network of University Legal Aid Institutions (NULAI Nigeria), pour développer les compétences d’étudiants travaillant dans le domaine de l’aide juridique en faveur des droits des citoyens démunis.  

Les groupes africains de défense des droits peuvent contribuer à aider les défenseurs locaux et les donateurs locaux à se rencontrer. Dès le tout début cependant, les groupes locaux de défense doivent protéger leur indépendance pour ce qui est d’enquêter sur les violations, de les révéler et de mener des campagnes contre les abus, même lorsque leurs propres donateurs s’avèrent être les coupables.

Bien que difficile, il est possible de commencer à réformer le financement des droits de l’homme et nous n’avons plus à compter uniquement sur les financements du nord. Il existe des possibilités au sein de notre propre région. Avec une réflexion méticuleuse et en faisant des essais, nous pouvons, au final, concrétiser ces possibilités. 

Nous devons au moins essayer. Après tout, nous n’allons pas réussir à développer des ressources africaines pour les droits africains avant de commencer à examiner quelles sont les possibilités africaines.

 


Okeoma Ibe is legal director at Centre for the Promotion of Entrepreneurship and Development in Nigeria. She has managed projects for Transparency International in Nigeria, and served as assistant registrar at the Lagos Multi-Door Courthouse, Nigeria’s first court-connected alternative dispute resolution mechanism.

 


 

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