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La façon dont les masses sont mobilisées importe-t-elle?

Dans les rues du Nigéria, ce qui semble être « la voix du peuple » est souvent juste des disciples inconditionnels répétant les opinions des chefs religieux. La communauté des droits de l’homme n’a pas besoin de la religion pour renaître ; mais elle a besoin de formuler les droits comme étant pertinents et essentiels plutôt qu’antireligieux.


By: Kechi Nomu
October 8, 2014

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Dans les rues du Nigéria, certaines des bannières les plus importantes luttant pour une place sur les palissades et le prestige sur les panneaux publicitaires sont religieuses, principalement d’ordre chrétien. Elles promettent le même type d’expérience transformatrice avec des phrases accrocheuses, de la santé à la richesse et tout ce qu’il y a entre les deux. Le christianisme a toujours été populaire au Nigéria. Et c’est d’autant plus le cas aujourd’hui.

Une marque branchée de style de vie pentecôtiste est particulièrement populaire et semble, à première vue, transcender les problèmes qui existent dans le monde réel (p.ex., classes, tribu, violences sexistes, etc.). Ces églises prolifèrent à l’infini et leurs noms sont interchangeables. Elles attirent des foules colorées au moins trois jours par semaine et reçoivent des visions de Dieu les encourageant à acheter de vastes biens immobiliers pour des mini-villes complètes avec leur propre université.

Comme le fait remarquer Jack Synder, la religion a prouvé être bien plus mobilisatrice pour la société que toute autre forme de mobilisation humaine. Mais dire que c’est ce dont le mouvement en faveur des droits de l’homme a besoin pour renaître revient à ignorer le fait que la religion est une institution troublante et souvent contradictoire.

Il ne fait aucun doute que Synder argumente de manière convaincante en faveur de la religion comme véhicule efficace de réforme sociale. Mais les histoires de réussite qu’il met en avant ont l’air bien moins belles sur le terrain. Le rôle que la religion–personnifié par les missionnaires du  20è siècle–a joué dans l’abolition des pratiques culturelles, telles que la diabolisation des jumeaux dans l'est du Nigéria, est indéniable. Mais il y a eu un prix à payer. Le « bon travail » consistant à convertir des millions d’autochtones s’est accompagné d’une érosion culturelle presque totale de ces même personnes. Ceci à inclut nombreuses de leurs religions, qui, diabolisées également, devaient bien sûr disparaitre. Cependant, l’effondrement des cultures autochtones était un des prix à payer pour le bon travail que la colonisation religieuse a effectué.

Il est vrai, comme l’avance Synder, qu’un décalage existe entre les mouvements en faveur de la justice sociale et les masses avec lesquelles ils ont l’intention d’entrer en contact. Et il est également vrai que les organismes de défense des droits ont besoin d’être plus efficaces pour les atteindre. Mais les organismes religieux devraient-ils être contactés ? Comme l’avance Larry Cox, de façon quelque peu paradoxale, dans son soutien de la religion travaillant de pair avec les droits de l’homme, « certaines des expressions les plus spectaculaires de ferveur religieuse viennent de groupes qui font la promotion de la violence, de l’intolérance, de la misogynie et de l’homophobie. » Néanmoins, ce n’est pas tant ce paradoxe qui fait de la religion un véhicule douteux pour les droits de l’homme mais plutôt un manque de responsabilité. Quand les choses vont mal, la religion peut simplement en céder la responsabilité à un être suprême.

Au Nigéria, il y a d’innombrables cas en cours d’abus de droits de l’homme commis au nom de la religion. Un grand nombre de ces abus sont commis par les chefs religieux eux-mêmes. Et dans ce cas, l’acceptation et la justification de l’abus sont souvent directement liés au pouvoir du chef religieux.


Ayemoba Godswill/Demotix (All rights reserved) 

A protester takes time out to say his prayers during a Bring Back Our Girls Protest in Nigeria.

 


 

Jusqu’ici, le succès de toute forme d’activisme utile au Nigéria s’est appuyé non pas sur des organismes religieux mais sur des groupes laïcs et des convictions individuelles. La campagne récente Bring Back Our Girls (ramenez-nous nos filles) est un exemple criant. Un certain nombre d’individus au cœur de cette campagne sont profondément religieux. Mis à part ces types de réponses individuelles, la réponse commune des organismes religieux au Nigéria à la myriade de formes d’oppression en matière de droits de l’homme est la prière. En fait, il y a des congrégations chrétiennes au Nigéria dont la doctrine est fermement anti-activiste. 

Les organismes de défense des droits de l’homme devraient étudier les structures des groupes religieux et impliquer les dirigeants clefs en amont dans la planification des actions de plaidoyer, y compris dans le développement de messages relatifs aux droits qui soient applicables et pertinents

En ce sens, la façon dont les organismes de défense des droits de l’homme prennent contact avec les organismes religieux est importante. Les organismes de défense des droits de l’homme devraient étudier les structures des groupes religieux et impliquer les dirigeants clefs en amont dans la planification des actions de plaidoyer, y compris dans le développement de messages relatifs aux droits qui soient applicables et pertinents. Toute autre méthode radicale, incluant les tentatives d’attirer l’attention sur les excès de la religion au Nigéria, serait contreproductive et labélisée comme « anti-Dieu », ce qui détruirait toute chance de fournir une vue alternative. Un bon point de départ serait d’étudier des groupes comme Justice, Development & Peace Commission (JDPC), Ijebu Ode, qui a travaillé au sein de l’Église catholique dans leur diocèse. De telles analyses aideraient les principaux organismes de défense des droits de l’homme à comprendre comment mettre en évidence des exemples pratiques montrant en quoi les droits de l’homme sont essentiels, et pas antireligieux, garantissant ainsi l’attention des disciples religieux.

Les chefs religieux au Nigéria, et les chefs chrétiens en particulier, sont pour le moment élevés au rang de divinités. Et leurs disciples sont largement inconditionnels. De nombreux disciples croient fermement que c’est le rôle de Dieu de questionner un chef religieux et non pas le leur. Quand les questions viennent à surgir, elles sont immédiatement noyées par quelque chose qui sonne comme la voix du peuple. Mais en réalité, elle est souvent simplement l’écho de ces chefs religieux omniscients et omnipotents.

Aussi, parce qu’un insoluble cercle de pouvoir existe entre l’Église et l’État au Nigéria, les chefs religieux et les politiciens emploient tour à tour cette voix collective pour soulever et faire taire les questions sur les droits de l’homme. Par exemple, cette voix fut forte dans sa critique du mariage, en 2010, du sénateur nigérian avec une fiancée égyptienne âgée de 13 ans, presque unanime dans son approbation du projet de loi anti-homosexuels du Nigéria, et sporadique quand un chef religieux populaire gifla notoirement un membre féminin de sa congrégation au motif d’en chasser les démons.

Il y a des préoccupations légitimes au sujet de la religion, particulièrement dans un pays comme le Nigéria, qui ne peuvent pas être passées sous silence simplement parce que la communauté des droits de l’homme aime le nombre de personnes et l’influence que la religion apporte. La religion crée un système incontrôlé, dans lequel les gens se mettent en contact avec un petit nombre d’élus qui revendiquent détenir ce dont les masses ont besoin. Alors que cet échange fonctionne parfois, et qu’il s’est même dans certains cas élevé dans la poursuite de la justice, il est le plus souvent devenu exactement comme le suggère Arundhati Roy : « juste un autre édifice construit par l’esprit humain, décimé par la nature humaine. »

 


Kechi Nomu écrit de Warri au Nigéria. Elle contribue au blog African Women’s Development Fund Blog.

 
 


 

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