Au delà des financements étrangers : vendre les droits de l’homme en Afrique

Les groupes de défense des droits de l’homme peuvent survivre dans le climat actuel de financement si ils se réorientent vers des sources de financement locales.


By: Charles Kojo Vandyck 
December 2, 2014

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Le signal d’alarme a commencé à sonner dans les années 1990. À cette époque, les donateurs devinrent frustrés devant la lenteur du rythme des changements en dépit de l’importance de leurs investissements, et ils commencèrent à intervenir directement dans le travail des organisations à but non lucratif. Au cours de la dernière décennie, la crise financière internationale a créé des problèmes supplémentaires pour ces organisations, alors que les nations développées ont fortement réduit leurs financements.

Les organisations africaines de la société civile recevaient une proportion élevée de leurs financements de sources extérieures qui se tarissent rapidement. Ceci a laissé les groupes de défense des droits livrés à eux-mêmes, leur propre survie étant aujourd’hui en question. Les discussions sur la manière dont les groupes de défense des droits peuvent subsister dans un tel climat s’intensifient sur le continent ainsi que sur les plateformes internationales.

Le temps est venu pour les groupes africains de défense des droits de chercher des solutions locales. Les changements dans l'architecture de l'aide internationale le rendent nécessaire.

Avant de prospérer, vous devez survivre

Même si le financement des donateurs se réduit, ils sont plus impliqués que jamais auparavant. Les donateurs interagissent plus et demandent davantage d’informations. Ils veulent connaitre les résultats des programmes qu’ils soutiennent. L’attention se porte sur les indicateurs. Ils se soucient davantage de savoir où leur argent est investi. « Montrez-moi les chiffres », l’utilité sociale et le retour sur investissement sont ce qui importe. Il n’est plus viable et raisonnable de ne dépendre que d’un seul donateur.

Les groupes de défense des droits doivent étudier de nouvelles opportunités de ressources pour diversifier leurs revenus et adopter une logique de coût du service. Être un groupe de défense des droits ne signifie pas nécessairement que vous ne gagnez pas d’argent.

Dans ce contexte, les modèles d'entreprises sociales fournissent de nouvelles idées de financement et des alternatives. Ils incitent fortement les groupes de défense des droits à évoluer et à adapter un modèle tourné vers des solutions de revenus provenant de sources locales.


lcswart/Shutterstock Deveault (All rights reserved)

Être un groupe de défense des droits ne signifie pas nécessairement que vous ne gagnez pas d’argent.


Développer une logique « commerciale »

Au cours des deux dernières années, l’Institut de la société civile de l’Afrique de l’Ouest (WACSI) a travaillé avec des groupes de défense des droits en Côte d’Ivoire et au Bénin, comme par exemple l’Association des femmes juristes de Côte d'Ivoire (AFJCI) et le Réseau pour l’intégration des femmes des ONG et associations (RIFONGA), afin de consolider leurs opérations et de les rendre viables à long terme.

Le travail implique le développement de plans d’affaires à long terme qui incluent des stratégies hybrides de revenu et un plan de viabilité. La partie concernant la viabilité implique des stratégies visant à rendre les organisations efficaces sur le plan financier et administratif.

Les groupes de défense des droits doivent étudier de nouvelles opportunités de ressources pour diversifier leurs revenus et adopter une logique de coût du service.

Une partie essentielle du travail consiste à renforcer une nouvelle manière de penser amenant ces groupes à adopter une logique « commerciale ». Même si ces groupes font un travail tout à fait louable, ils mettent rarement en avant leurs résultats de manière convaincante et étendue. Avant le lancement du projet, ils se battent pour convaincre les communautés de leur légitimité et de leur intérêt. Ce changement de mentalité a conduit à des améliorations significatives sur ce front.

Ce projet a par exemple aidé l’AFJCI à Abidjan en Côte d’Ivoire à renforcer la collecte de cotisations de ses membres, conduisant à une augmentation de ses revenus. Elle a intensifié ses activités de communication et de marketing pour encourager ses membres à s’approprier l’association et pour attirer de nouveaux membres. Tout ceci a conduit à une amélioration de sa base de revenus.

L’AFJCI a également lancé des services de conseil comprenant des conseils juridiques, des services de représentations et des services rémunérés par des honoraires à destination des organisations à but non lucratif, des organisations du secteur privé et des agences publiques.

Le RIFONGA à Cotonou au Bénin a diversifié les cotisations de ses adhérents en se focalisant davantage sur les individus. Il avait dans le passé privilégié la collecte de cotisations des organisations membres. Ceci a amélioré leur portefeuille de financements.

Il publie également des ressources didactiques sur l’engagement des femmes dans le processus électoral et vend ses publications à un prix raisonnable.

Il y a tout un éventail d’options pour créer des sources de financement, donc il est impératif que les groupes de défense des droits prennent des décisions commerciales stratégiques. Cependant, un certain nombre de choses doivent au préalable être prises en considération.

Les groupes de défense des droits doivent décider des produits et services à commercialiser. Ces produits et services doivent rester dans le cadre de leur mission et de leurs capacités. Ils pourraient, par exemple, proposer des services administratifs ou de conseil, la mise à disposition de locaux, des adhésions, des programmes de réduction des coûts et d’investissement, des formations personnalisées, ainsi que des annonces d’emploi. Ces fonds peuvent être utilisés pour aider à financer les coûts administratifs et d’autres types de coûts opérationnels.

Les groupes de défense des droits doivent également développer des stratégies de fixation de prix. En déterminant les prix, ils doivent mettre un point d’honneur à ne pas exclure les personnes qui ont le plus besoin de leurs services.

De plus, les groupes de défense des droits doivent établir des partenariats avec des organisations leur permettant d’avoir ce dont ils ont besoin afin de passer au niveau supérieur. Les partenariats stratégiques peuvent être développés avec des ONG internationales, des organisations communautaires, des entreprises, des institutions académiques et des agences gouvernementales.

En matière de société civile, le paysage change en Afrique et les groupes de défense des droits, en particulier les organisations autochtones, font face à un véritable défi. Les leaders de la société civile doivent relever un sérieux défi en essayant de construire un futur viable pour leur OSC. Les groupes de défense des droits peuvent-ils survivre au-delà des financements étrangers ?

Je crois fermement que c’est le cas. Je suis convaincu que lorsque les groupes de défense des droits commenceront à comprendre comment intégrer les objectifs programmatiques et financiers, ils commenceront à prendre des décisions les conduisant à leur viabilité.


Charles Kojo Vandyck est le chargé du renforcement des capacités de l’Institut de la Société Civile de l'Afrique de l’Ouest, une plateforme pour le développement des capacités du secteur à but non lucratif en Afrique de l’Ouest. Il est spécialisé dans le développement des capacités et l’apprentissage organisationnel.

 
 


 

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