Le développement communautaire au service de la collecte de fonds au niveau local

La collecte de fonds ne devrait jamais se résumer à sa seule dimension financière mais concerner également la sensibilisation aux droits humains et à la justice sociale.

Sadhana Shrestha
July 27, 2017

La lutte pour une société sans caste et équitable est permanente au Népal et les progrès sont lents, mais les femmes et les populations traditionnellement marginalisées ont commencé à se faire entendre et à agir. Chez Tewa, nous croyons que les femmes peuvent devenir des membres à part entière de leur communauté, notamment lorsqu’elles prennent conscience de leur capacité à devenir indépendantes financièrement et à contrôler les ressources dont elles disposent. Nous voulons autonomiser les femmes afin qu’elles puissent remettre en cause et changer les structures du pouvoir qui les oppriment, les discriminent et les marginalisent. Etant profondément convaincus par cela, nous préconisons fortement que la collecte de fonds aille bien au-delà de sa seule dimension financière.

Tewa, qui signifie « soutien » en népalais, est le seul Fonds pour les femmes au Népal. Nous prônons la philanthropie au service de l’autonomisation des femmes, de l’équité de la justice, et de la paix. Dans cette optique, nous finançons des organisations féminines en nous appuyant sur les financements locaux et l’émergence d’une culture de la philanthropie. Par exemple, après le tremblement de terre d’avril 2015 au Népal, les femmes ont joué un rôle de premier plan dans leur communauté afin d’aider à reconstruire leurs quartiers. Un de nos partenaires bénéficiaires de subventions, Pan Maya, a mobilisé une organisation de femmes à Saithok, à trois heures de marche de Chautara, le chef-lieu du district de Sindhupalchowk, qui a été durement touché par le tremblement de terre. Elles ont commencé à aider les autres villageois à s’organiser et à évacuer les gravats des maisons. La plupart des hommes avaient migré pour travailler dans les pays du Golfe, donc ces femmes ont pu passer outre le système patriarcal traditionnel et, grâce à l’assistance financière, elles ont assumé de nombreux rôles que les hommes se seraient réservés. Les catastrophes naturelles secouent les fondements des communautés et vont jusqu’à transformer les rôles qui reviennent traditionnellement aux hommes ou aux femmes.

World Bank Photo Collection/Flickr/(Some Rights Reserved)

The battle for a caste free and equitable society in Nepalis ongoing and progress is slow, but women and the traditionally marginalized have started speaking up and taking action.


Le financement local a joué un rôle essentiel dans notre capacité à aider les femmes comme dans le cas de Pan Maya. En effet, les donateurs locaux contribuent à hauteur de 55 % de notre budget alloué aux subventions et les donateurs étrangers en fournissent 45 %. Avec de la créativité et de la persévérance, nous avons réussi à collecter localement en moyenne 25 000 dollars chaque année pour octroyer des subventions aux organisations féminines locales. Les particuliers qui nous attribuent des dons ont un profil varié (en terme de classe sociale, de caste, d’ethnicité, de géographie, d’âge, de religion, de revenus). De plus, nous collectons des fonds auprès de tous les types de donateurs : particuliers, grandes entreprises, diaspora et petites entreprises grâce au porte à porte, aux évènements, aux campagnes et à des techniques innovantes et adaptées au contexte local. Nous utilisons également des stratégies différentes en fonction des personnes concernées : projection de films, marches, Deep Prajwalan (allumage de bougies en mémoire des proches) et tombolas, ainsi que les « Tewa teas » qui sont des réseaux relationnels basés sur la confiance soutenus par des personnes profondément soucieuses de ce qui se passe dans le monde. Les « Tewa teas »,  organisés par les « anges » (amis) de Tewa aux États-Unis, permettent de collecter des fonds grâce à la vente d’écharpes artisanales et d’autres articles. Nous collectons environ 7 % des fonds par le biais des événements, 13 % par les « Tewa teas », 33 % par les dons et 47 % grâce aux campagnes.

Engager des bénévoles et renforcer les capacités des communautés est une de nos stratégies de collecte de fonds dont l’importance est notable. Nous formons et mobilisons les bénévoles engagés dans la collecte de fonds sur les questions liées au féminisme et à la philanthropie dans le but de sensibiliser les différents groupes communautaires. Il ne s’agit pas uniquement de collecter des fonds mais aussi de former des militants concernés par le féminisme et la justice sociale. Après leur formation, les bénévoles impliquent leurs propres réseaux et mettent en place des plans d’action pour la collecte de fonds. Nous avons actuellement plus de 683 bénévoles, dont 250 à 300 activement engagés dans la collecte de fonds. Nous engageons ces bénévoles au cours des ateliers que nous organisons et nous leur dispensons une formation qu’ils peuvent utiliser dans d’autres aspects de leur vie. Par conséquent, leur intérêt pour notre travail est tangible et ils sont nombreux à s’investir personnellement dans nos activités et à devenir eux-mêmes des donateurs. De nombreux bénévoles ont également lancé leur propre entreprise et sont devenus des référents dans leur communauté.

Le programme de bénévolat a eu de nombreuses répercussions

Le programme de bénévolat a eu de nombreuses répercussions : un grand nombre de bénévoles a déclaré que leur implication dans Tewa a changé leur façon de penser et d’interagir avec leur famille et les membres de leur communauté. Nous ne faisons pas de publicité sur notre programme de bénévolat et ceux qui prennent part à la formation ont appris son existence au contact de personnes qui ont été ou sont elles-mêmes bénévoles. C’est un défi, mais cela montre également l’immense impact du programme. Collecter des fonds, après tout, ne devrait jamais se résumer uniquement aux sommes collectées mais doit également intégrer la sensibilisation aux droits des femmes et à la justice sociale. Nos bénévoles sont nombreux à n’avoir jamais entendu parler, au préalable, des droits, de justice sociale ou de philanthropie avant de s’impliquer à nos côtés. Aujourd’hui, les bénévoles ont mis en place leur propre newsletter, créé un fonds de dotation qu’ils utilisent pour rendre visite aux bénéficiaires de subventions, et distribué de l’épargne et du crédit dans le cadre d’une initiative visant à aider les femmes. De plus, de nombreux bénévoles ont récemment choisi de faire un don pour la construction du Centre Tewa, un site polyvalent qui aide à générer des revenus en louant des locaux. Nous avons réussi à collecter environ un dixième des fonds nécessaires à la construction de ce centre auprès de sources locales.

Au-delà des bénévoles, nous avons engagé le dialogue avec les banques et les entreprises, mais il est plus difficile de lever des fonds auprès de ces institutions car elles ont, pour la plupart, créé leur propre organisation caritative. Si nous avons réussi à ce que les banques et les entreprises sponsorisent certains de nos évènements, s’impliquer et travailler avec des entreprises de plus petite taille et avec les donateurs individuels semble plus prometteur pour bénéficier d’un soutien viable sur le long terme car la possibilité de mettre en commun les valeurs et les objectifs est plus grande. Par exemple, en expliquant ce que nous faisons, nous avons pu créer un partenariat avec une petite entreprise de cosmétiques qui reverse une partie de ses profits à Tewa.

Toutefois, la collecte de fonds à l’échelle locale n’est clairement pas aisée et la lassitude des donateurs est un problème majeur. Pendant 19 ans, nous n’avons accepté les dons locaux que pour octroyer des subventions (les donateurs extérieurs fournissant un soutien essentiel pour rémunérer le personnel et financer la partie opérationnelle et administrative), mais au fil de notre développement, la demande de subventions a grandement excédé nos disponibilités. La période de transition qui a suivi le conflit, le récent tremblement de terre, et l’instabilité de la situation politique au plan intérieur, ont entraîné une aggravation des problèmes socio-économiques et ont rendu la collecte de fonds à l’échelle locale difficile. Ainsi, depuis 2014, nous avons également accepté des fonds complémentaires de donateurs étrangers afin de pouvoir élargir nos subventions, au vu de l’immensité de la demande et des besoins. Compter uniquement sur la collecte de fonds à l’échelle locale ne nous aurait pas permis d’octroyer des subventions plus importantes à un nombre plus grand de partenaires bénéficiaires. Cependant, le soutien des donateurs étrangers n’a pas réduit notre volonté et nos efforts de collecte de fonds : nous continuons à développer notre collecte de fonds à l’échelle locale par des campagnes de dons annuelles ainsi que par le biais de partenariats d’entreprises.

La philanthropie locale nous a permis de continuer à soutenir les femmes comme Pan Maya, qui est une source d’inspiration pour nous tous. Tewa croit en la philanthropie au niveau local et ce n’est pas pour des considérations religieuses et les avantages que cela pourrait procurer dans une autre vie, mais pour les changements réels, concrets et immédiats qu’elle peut produire. La manière dont nous formons nos bénévoles nous a permis de donner naissance à une génération toujours plus nombreuse de défenseurs et de femmes autonomes qui jouent un rôle de premier plan dans leur communauté. La philanthropie revient à créer de la confiance, développer les compétences et libérer les capacités générant un effet doublement positif : c’est une bénédiction pour le donateur ainsi que pour le bénéficiaire.

ABOUT THE AUTHOR

Sadhana Shrestha

Sadhana Shrestha a plus de 20 ans d’expérience professionnelle dans les domaines de l’égalité des sexes, de l’autonomisation des femmes, et de l’entrepreneuriat social. Elle a siégé au conseil de Tewa dont elle est l’un des membres fondateurs et dont elle est la directrice exécutive sortante (2013-2016). Elle occupe un poste d’encadrement dans l’initiative en faveur du leadership des jeunes femmes en Asie du Sud-Est qui a été lancée par CREA avec le soutien de GFW. Suivez-là sur Twitter @sadhanaz1 .

 

 

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